mardi 22 mars 2016

Au Sommet mondial des médias (WMS), les très grandes agences plaident pour l’intégration mondiale



Avez-vous déjà entendu parler du Sommet mondial des médias? Probablement pas. Voilà encore un sommet réunissant des centaines de représentants de médias mais totalement passé sous silence en France. Ce sommet a eu lieu du 20 au 21 mars cette année et pas un article dans les médias hexagonaux. Pour ma part, j'ai appris son existence aujourd'hui alors que c'est le troisième sommet depuis sa création.

 Quand vous allez voir qui sont les organisateurs vous allez comprendre pourquoi les médias français n'en sont pas fiers. Le sommet est organisé à Doha, au Qatar et, question liberté de la presse, on ne peut pas dire que ce soit une référence. 


En 2011, ils ont arrêté une équipe de reportage de la RTS pendant 13 jours sans leur expliquer pourquoi. En 2014, Amnesty International a dénonçait la nouvelle loi sur la cybercriminalité, un texte controversé qui fait de la diffusion de « fausses nouvelles » sur Internet une infraction pénale, faisant planer une grave menace sur la liberté d’expression au Qatar. Reste d'ailleurs à déterminer ce qu'est une fausse nouvelle dans le pays. En tout cas, cela à donner des ailes à notre gouvernement puisque cette année, des députés socialistes ont déposé un amendement en vue de criminaliser le buzz mensonger.
En Chine, la situation est encore pire et ce n'est pas nouveau. En 2014, un « examen idéologique » est instauré par le Parti communiste afin de « contrôler » l'ensemble des journalistes. En 2015, une correspondante de l'Obs a été expulsée pour un article qui avait déplu aux autorités chinoises. En janvier 2016, Reporters Sans frontières demandaient à l'Union Européenne des sanctions contre Xinhua, l'agence d'Etat chinoise dont le responsable préside le sommet.

 Et voilà que ces "modèles à suivre" viennent organiser un colloque international pour parler de "L'avenir de la presse et des organismes de presse" et "échanger leurs opinions sur les défis posés par l'émergence de soi-disant "nouveaux médias". Fawkes

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Un sommet dont la puissance invitante est Al-Jazeera et dont les participants se nomment Xinhua, CNN, Reuters, l’Associated Press, Rossiya Segodniya, TASS, Kyodo News, The Hindu Group, MIH Group (Afrique du Sud), voilà qui laisse rêveur… Ce Sommet mondial des médias s’est déroulé dimanche à Doha, au Qatar, en présence de quelque 350 délégués d’agences de presse de cent pays avec pour objectif l’échange d’expériences et la mise en commun desréflexions sur les nouvelles technologies. Placé sous la présidence du directeur de l’agence d’Etat chinoise Xinhua, Cai Mingzhao, le Sommet mondial des médias (WMS) entend jouer un rôle de plus en plus important dans la presse mondiale – Cai a fait trois propositions en ce sens – et il réunit les plus grandes agences qui visent ensemble une plus grande « intégration mondiale ».

Il s’agit en quelque sorte de la mondialisation des médias, transnationale et globaliste, sur le même modèle que l’intégration de la « gouvernance » et des échanges commerciaux.


De l’intégration des médias à la gouvernance globale : le projet de WMS


Dans ce contexte, il n’est pas indifférent de noter que le Sommet mondial des médias, créé à l’initiative de Xinhua, a tenu sa première réunion à Pékin en 2009 au Palais de l’Assemblée du Peuple sur la place Tienanmen – haut-lieu du pouvoir et du Parti communiste chinois – et que la seconde rencontre a eu lieu trois ans plus tard à Moscou.

A Doha, les représentants des grands médias se sont penchés sur les défis que représentent les nouvelles technologies de l’information alors que les budgets s’amenuisent, que la concurrence se renforce et que le public choisit de plus en plus ses informations. Selon le responsable de l’AP, « la demande d’informations ne pourra que croître, mais l’offre grandira aussi : une grande partie de celle-ci ne sera pas de très grande qualité ».

L’Associated Press, a-t-il expliqué, travaille déjà avec des drones pour glaner des informations et l’agence a déjà testé le « journalisme robotique » pour produire des articles sans intervention humaine. C’est donc cela qui assure la qualité de ses informations ? On en tremble…

Quoi qu’il en soit, Gary Pruitt de l’AP estime qu’« on ne peut plus y arriver seul ». Il faut plus de « collaboration » – et donc, in fine (mais il ne l’a pas dit), une plus grande unification des médias.

Les grandes agences mondiales veulent unifier l’information


Bien sûr, les uns et les autres ont vanté le journalisme d’investigation qui peut permettre de faire cesser des situations d’injustice, et plaidé pour les droits des journalistes et de leur liberté de ton. Ce qui reste paradoxal, s’agissant dans la plupart des cas de médias d’Etat originaires de pays où la censure ne fait pas mystère, où l’objectif de propagande est une évidence lorsqu’on lit leurs productions, où les intentions politiques ne se cachent guère. Il y a de l’ironie à peine voilée à tenir un tel sommet au Qatar sous l’égide d’une des plus grosses sources gouvernementales de la Chine !

A la veille de la rencontre, Xinhua publiait ainsi un article appelant à une « sage » coopération des médias face aux défis auxquels est confrontée l’humanité : la globalisation, la mise en place d’un monde multipolaire, le changement de l’ordre international, la molle reprise économique (litote en ce qui concerne la Chine…), la menace terroriste croissante et – comment l’oublier – le réchauffement climatique.

C’est donc à une « profonde coopération » qu’appelait Xinhua, capable de promouvoir l’innovation et un « développement intégré » pour un résultat « gagnant-gagnant ».

Et surtout ceci : « En outre, les médias du monde doivent démontrer leur capacité à servir l’intérêt public en créant un environnement d’opinion publique positif, sain et harmonieux, en même temps qu’ils doivent empêcher l’extrémisme et le terrorisme de se diffuser, spécialement sur les nouvelles plateformes médiatiques. En outre, ils doivent dûment contribuer à promouvoir l’unité et le consensus entre les différents pays pour couvrir les sujets “chauds”, comme le réchauffement climatique, la crise des migrants et la réduction de la pauvreté. »

Au Sommet global des médias, l’agence chinoise Xinhua se fait donneur de leçons


Oui, vous avez bien lu : il s’agit de l’aveu même d’un média comme Xinhua, qui veut donner le la à tous les grandes agences du monde, d’unifier l’information et d’instituer une censure de fait des opinions qui ne concourent pas à l’intérêt public défini par cette grande presse.

Cela se fera, ajoute l’éditorial, en « augmentant la voix des groupes de presse des pays en développement » et en trouvant des terrains communs avec ceux des pays développés pour « améliorer l’ordre global de la communication » au service d’un « ordre de la gouvernance économique » mondiale « plus transparent et plus juste ». Le tout pour aboutir à un « système de gouvernance globale plus raisonnable et plus juste ».

On ne peut parler de complot car rien n’est caché, tout se fait en plein jour.

Samedi – ce n’est pas sans lien avec ce qui précède – le fondateur et directeur de Facebook,Mark Zuckerberg, était à Pékin pour rencontrer le chef de la propagande du gouvernement de la Chine, Liu Yunshan. Le rendez-vous se tenait sur fond de contrôle accru de l’espace internet par les autorités chinoises.

Liu a déclaré au milliardaire américain qu’il espère voir Facebook partager son expérience avec les entreprises chinoises pour que « le développement d’internet profite mieux aux peuples de tous les pays. La Chine veut la mise en place d’un « système de gouvernance » de l’internet global à travers une coopération internationale qui permettra de réguler son usage, avec, bien entendu, des contrôles accrus.

L’intégration mondiale des médias, une déclinaison du mondialisme


Comme d’autres réseaux sociaux occidentaux, Facebook est interdit en Chine et Zuckerberg cherche en vain de faire lever l’obstruction qui lui barre l’accès à un marché de 668 millions d’internautes.

Liu, quant à lui, plaide ouvertement pour une censure qui assure la sauvegarde de la sécurité intérieure que mettrait en cause le droit de critiquer la « gouvernance » du parti communiste chinois.

La rencontre entre Liu et Zuckerberg signifie-t-elle que ce dernier est prêt à composer avec le pouvoir chinois ? On peut en tout cas être sûr que côté chinois, on ne lâchera pas de lest.

Anne Dolhein

Sources: Reinformation.tv / Fawkes News



1 commentaire:

  1. Ce n'est pas à la presse à déterminer l'intérêt commun...

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