vendredi 9 août 2019

Attentat de la rue des Rosiers: l’ex-patron du renseignement français reconnaît avoir conclu un pacte secret avec des terroristes



« On a passé une sorte de deal verbal en leur disant : Je ne veux plus d'attentat sur le sol français et en contrepartie, je vous laisse venir en France, je vous garantis qu'il ne vous arrivera rien. » Cette phrase choc, lâchée le 30 janvier dernier, dans le bureau du juge chargé d'enquêter sur l'attentat de la rue des Rosiers, émane d'un octogénaire. 


Mais pas n'importe lequel. Visage cerclé de rides, mais mémoire intacte, Yves Bonnet, ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST), s'épanche sur l'attaque qui a ensanglanté un établissement juif au cœur du Marais en 1982, quelques mois avant sa prise de fonctions à la tête du service secret.

Pour la première fois, l'ancien maître espion reconnaît devant la justice l'existence d'un accord secret entre la France et Abou Nidal, un groupe terroriste potentiellement responsable de la tuerie. Un pacte oral ignoré des nombreux enquêteurs et magistrats qui se sont succédé durant trois décennies sur ce dossier insoluble. Sur procès-verbal, Yves Bonnet confirme un « engagement donné aux représentants d'Abou Nidal de ne pas être poursuivis en France ».

Le groupe Abou Nidal est à l'époque un mouvement palestinien armé, dissident du Fatah de Yasser Arafat, qui commet des massacres en France et à l'étranger. Il y a 37 ans, le 9 août 1982, il est 13h15 lorsque au moins trois terroristes armés de pistolets-mitrailleurs sèment la mort dans le restaurant Jo Goldenberg, figure du quartier juif de Paris. Trois minutes plus tard, après avoir lancé une grenade et tiré en rafale, ils prennent la fuite. Six morts et 22 blessés gisent au sol. Très tôt dans l'enquête, la responsabilité du groupe Abou Nidal est évoquée. Les balles retrouvées sur place sont issues de modèles Maszynowy wz. 63, une signature de l'organisation extrémiste.

«Des attentats en Italie, ça ne me regardait pas»

Malgré ces fortes suspicions, l'ancien patron de la DST accepte d'organiser une rencontre clandestine avec le groupe Abou Nidal peu après l'attentat. « Ce sont mes collaborateurs qui les ont vus à l'époque, détaille Yves Bonnet devant le juge. Je ne vais pas les dénoncer. C'est moi qui prends la responsabilité de l'accord. » Le haut fonctionnaire retraité ne détaille pas l'identité des terroristes vus par ses collaborateurs mais, selon lui, il ne s'agissait pas des tueurs de la rue des Rosiers, mais de leurs « comparses ».

Le pacte est scellé : les membres d'Abou Nidal réfugiés à l'étranger sont autorisés à « venir en France, sans risque » d'être poursuivis ; en contrepartie, ils s'engagent « à ne se livrer à aucune action violente ». La DST aurait même permis à deux terroristes de l'organisation de rendre visite en prison, en France, aux deux auteurs du meurtre d'un représentant de l'Organisation de libération de la Palestine à Paris.

« Et ça a marché, il n'y a plus eu d'attentats à partir de fin 83, en 84 et jusqu'à fin 1985 », se satisfait Yves Bonnet en audition, qui réfute le terme de « collaboration » et préfère celui de « non-agression ». « Après qu'ils commettent des attentats en Italie, par exemple, ça ne me regardait pas tant qu'il n'y avait rien sur le sol français. »


Yves Bonnet, ancien directeur de la DST. /AFP/Jacques Demarthon  

Quel crédit accorder à cette confession tardive, 37 ans après ? Contacté par le Parisien, Yves Bonnet assume ce pacte, destiné selon lui à « assurer la sécurité des Français ». Pour tenter de se forger une opinion, le magistrat instructeur a également convoqué, les 6 et 14 février derniers, Jean-François Clair et Louis Caprioli, deux ex-responsables de la lutte antiterroriste à la DST. Mais tous deux se sont réfugiés derrière « le secret-défense » concernant l'accord. « Je ne nie pas qu'il y a eu des contacts [avec Abou Nidal], ce serait mentir », s'est contenté déclaré le premier. La présidence de la République était-elle au courant de cet accord secret ? Yves Bonnet affirme qu'il « disait tout » à Gilles Menage, alors directeur de cabinet de François Mitterrand, mais qu'officiellement « l'Elysée ne savait rien »…

«Cela devient une affaire d'Etat»

Les victimes, elles, se disent choquées que la France ait pu négocier avec les responsables de l'attentat de la rue des Rosiers. « Si un tel accord occulte a été passé, cela devient une affaire d'Etat, estime Me Avi Bitton, avocat de parties civiles. Il faut qu'une enquête parlementaire soit créée et pas uniquement sur le dossier de la rue des Rosiers. De tels pactes ont-ils été noués avec d'autres organisations ? C'est possible lorsqu'on voit les agissements de l'entreprise Lafarge en Syrie … » « C'est une honte, tonne aussi Yohann Taieb, proche d'une victime. Imagine-t-on les services secrets négocier aujourd'hui avec Daech ? »

En parallèle, l'enquête a depuis permis d'identifier quatre ex-membres d'Abou Nidal réfugiés en Jordanie, dans les territoires palestiniens et en Norvège. Ils sont visés par des mandats d'arrêts internationaux, mais la justice française ne parvient pas à obtenir leur extradition . « Mes clients ne veulent qu'une chose : un procès, rappelle Me Romain Boulet, avocat de parties civiles. Le dossier ne peut désormais évoluer que par la voie diplomatique. »

Source: Le Parisien

0 Commentaires:

Enregistrer un commentaire



Charte des commentaires:

Les personnes ne souhaitant pas utiliser de compte peuvent commenter en anonyme mais merci d'indiquer un pseudo en début de commentaire pour faciliter la compréhension des échanges.

Pas de spams, d'insultes, de provocations stériles, de prosélytisme religieux à outrance, d'appels à la haine, à la violence ou d'apologie du terrorisme. Les commentaires ne sont pas un défouloir et ce blog n'est ni un tchat ni un forum. Les commentaires sont là pour apporter quelque chose au débat. Les trolls ne sont pas les bienvenus. Restez courtois dans vos échanges et, dans un souci de compréhension, écrivez uniquement en français, merci.

Les liens externes sont acceptés s'ils sont en rapport avec le sujet de départ. Les HS sont exceptionnellement tolérés s'ils relèvent d'un sujet connexe ou pertinent vis à vis du thème de l'article. Merci de vérifier vos sources avant de publier un lien vers un article tiers (pas de sites parodiques et de fausse nouvelles s'il vous plait).

La modération est parfois activée, parfois non selon les disponibilités de l'administrateur. Dans tous les cas, inutile de reposter vos commentaires, ils seront validés en temps voulu.

A chacun d'y mettre du sien afin de permettre d'échanger et de débattre dans le respect de chacun.

MK-Ultra

Affaire Epstein

Lubrizol

False flag Douma

Réseau Pédophile de l'Elite

Conseils pour économiser

Rechercher sur le blog

Inscription à la newsletter

Contre la désinformation

Archives du blog